BIP2026 – MIROIR MIROIR

l’image est feu

soleil qui nous réchauffe dans une contrée froide

dénuée de symboles pour l’amour

 

Lorde, A. (2023). Summer Oracle. In Coal (p. 34). L’Arche.

La prochaine édition de la Biennale de l’Image Possible, BIP2026, se tiendra dans l’ancienne bibliothèque Chiroux à Liège, du 17 octobre au 13 décembre 2026. Autour du titre, “Miroir Miroir” et avec une attention particulière accordée aux portraits sous toutes leurs formes, BIP2026 ambitionne de conjuguer les notions d’empathie et d’entropie à travers une sélection d’oeuvres d’artistes Belges et internationaux. Le programme est en cours d’élaboration. Suivez-nous sur les réseaux sociaux ou inscrivez-vous à notre newsletter pour rester informé.

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La photographie offre un miroir à l’humanité, dans lequel tout de nous se reflète. Depuis son invention il y a deux siècles, la photo a profondément transformé les conditions de la représentation de soi et révolutionné le genre du portrait, genre-miroir par excellence. Démocratisation et accessibilité ; rapidité et souplesse d’exécution ; vecteur d’affirmation de soi ou d’appartenance à un groupe ; finesse du rendu de la figure humaine dans toute sa multiplicité… À travers le portrait, la photo a été et est toujours un moyen de promotion de la différence et de la diversité, tout autant qu’une machine narcissique, identitaire ou de contrôle social et policier. Elle joue un rôle dans la cohésion d’une société, en nous rapprochant de l’autre et en conservant la mémoire, mais elle œuvre aussi à sa fragmentation et à sa hiérarchisation, entre autres en accentuant nos égos.

Fidèle à une ligne curatoriale qui vise à articuler problématiques d’images et problématiques de société, BIP2026 partira de cette capacité qu’a la photographie de nous mettre face à nous-mêmes, littéralement ou métaphoriquement, pour le meilleur et pour le pire.

Si la photographie a transformé la façon dont nous nous voyons, elle a aussi impacté les autres médiums dans la manière dont ils regardent aujourd’hui les êtres vivants, humains et non-humains. Nous sommes plus que jamais face à des représentations de nous toutes et tous, multiples, fidèles et trafiquées, toujours inachevées. BIP2026 voudrait faire exister un palais des glaces, une diffraction parmi d’autres de notre monde, plus déchiré et chaotique que jamais, dans l’espoir de voir apparaître une suture. L’image photographique y côtoiera d’autres natures d’images, influencées par elle, depuis la manière dont la peinture ou le dessin l’ont intégrée jusqu’aux images générées par IA.

Au sein de cette profusion de représentations qui nous entourent depuis 200 ans et devant le constat d’un basculement violent où s’affirment diverses formes de suprémacismes, BIP2026 va tester l’hypothèse que la vie en paix ce n’est pas « rétablir l’ordre » mais c’est au contraire faire tenir des porte-à-faux et des équilibres fragiles, désordonnés et têtus, toujours à recommencer. Dans un monde qui chavire vers la polarisation, comment se penser un.e parmi tant d’autres, toutes et tous dignement vivants ? À défaut de nous aimer et de nous comprendre, pouvons-nous au moins encore nous regarder ?

Empathie et entropie… Le photographique (avec les déclinaisons qu’il a libérées dans les autres médiums) possède un génie immédiat et infini à révéler nos visages et ceux des autres. Il détient cette capacité à nous installer comme face à un miroir, c’est-à-dire littéralement « à nous mettre à la place de l’autre » (empathie), mais sans jamais que cette place soit fixe et arrêtée, en accueillant au contraire l’agitation (entropie). Nous sauterons dès lors de place en place, sans relâche, courageusement, pour s’étourdir de notre constante et nécessaire réinvention.

Et si tout tenait ensemble dès lors qu’on permet que rien n’aille ensemble ?